collection, work-in-progress depuis 2014, 1123 pièces à ce jour

L’Atlas bellone est l’archive de mon investigation sur la mémoire collective dans des musées de guerre et des lieux de souvenirs. J’y récupère des traces matérielles, produites par l’industrie touristique : prospectus, ticket d’entrée, médailles souvenir, magnets, briquets, crayons, porte-clés, etc. Je les numérote méthodiquement, les classe dans des départements et les conserve. En consignant méticuleusement ce qui n’est pas censé l’être, l’Atlas bellone interroge les « traces » de l’Histoire et les enjeux politiques et économiques liés à leur mise en valeur. On peut se demander si ces objets qui décorent, s’utilisent et se consomment, cherchent à réactiver la chose de la guerre plutôt qu’à incarner une idée commémorative, entre fascination, nostalgie et hommage. Photographiés, reproduits, présentés, activés, j’emprunte aux codes de la photographie de mode ou publicitaire pour donner à voir ma collection. Les événements historiques célébrés et le moment où « j’y suis allée » se chevauchent ; les géographies se mélangent. Ces assemblages et protocoles conceptuels, mettent en lumière la transformation de l’Histoire et du Patrimoine en objets touristiques.

Aujourd’hui, l’Atlas Bellone conserve 1123 pièces réparties dans 19 départements et sections. Ces pièces ont été collectées dans 15 pays et plus de 120 lieux. Ce projet prend différentes formes, il donne lieu à plusieurs protocoles de prise de vue et s’expose en fonction des contextes dans lesquels il est montré.

Le théâtre des opérations

À ce jour 60 photographies, 24 x 36 cm, tirages numériques sur papier affiche, work-in-progress depuis 2018


Extrait de l’Atlas Bellone :

« Je ne savais pas si les héros de l’Histoire étaient effectivement tous des tueurs, comme j’avais pu l’entendre. Mais ce qui était certain, c’est qu’ils étaient en grande majorité des soldats. La guerre occupait toutes les pages du Petit futé des lieux de mémoire. L’inverse en revanche n’était pas vrai : le guide ne s’intéressait pas à toutes les guerres. Les fantômes qu’il évoquait se ressemblaient tous étrangement. Il semblait d’ailleurs, chapitre après chapitre, que cette sélection soit le résultat d’un enchaînement d’une logique implacable qu’il me fallait suivre. 

Dans ce cheminement qui allait être le mien, il fallait poser les étapes de mon périple, donner une architecture à ce palais de la mémoire. Au départ, il était fait de petits papiers, comme on utilise des post-it. Des feuilles éparses, trouvées par hasard, saisies d’un geste prompt qui n’a pas le temps d’analyser ce qu’il est en train de faire. Les dépliants, c’est toujours comme ça : on les prend pour ne pas les regarder avant de les oublier. C’est un projet de visite qui n’aura jamais lieu, ou un morceau emporté du lieu visité. Pour ne pas oublier, il fallait garder des traces et en prendre soin. 

Réunis ensemble, ces papiers commençaient à constituer une frise de repères qui ressemblait à un index de batailles et recensait les nombres de morts. En février 2015, lors d’une entrevue avec les mannequins de cire de l’archiduc et de son épouse dans le petit musée de Sarajevo 1878-1918, est créé la Galerie de la Chronologie. À ce jour, l’Atlas Bellone archive 319 dépliants de format 10 x 21 cm environ, qui représentent à peu près 95,70 mètres linéaires d’Histoire déployée sur papier glacé.»